07 mai 2012
L'accueil dans nos pays
Elle avait raison cette Française avec qui nous conversions au déjeuner. Nous comparions l’accueil reçu ici avec l’accueil reçu par un étranger en France. Elle était choquée que nous jugions l’accueil français moins bon que l’algérien. Son expérience personnelle, celle vécue dans sa famille, lui interdisait d’accepter un tel constat.
Et nous voyions bien aussi qu’elle ne connaissait pas l’Algérie et n’avait jamais eu l’occasion de découvrir cette stupéfiante générosité spontanée et gratuite dont nous sommes les témoins presque à chaque rencontre depuis notre arrivée. Et pourtant, Dieu sait que nous ne voulions pas dévaloriser la France que nous aimons plus que tout autre pays au monde.
Mais elle avait raison, car comment prétendre à une classification sur un tel sujet, intimement culturel et profondément subjectif. D’abord nous nous sommes rendus compte que notre vision était celle des grandes villes, où on n’imagine pas en effet inviter un inconnu chez soi rencontré dans le métro, ou apporter une tartiflette ou un bœuf bourguignon à l’étranger arrivé près de chez nous par plaisir de lui faire connaître notre pays. Il en est bien autrement à la campagne, nous même en avons l’expérience (comme aux scouts par exemple). Cela nous a rappelé aussi la remarque d’un Français vivant en Algérie qui nous partageait son regard : il se sentait insulté par l’existence de femmes voilées. En effet, ces hijabs revenaient, pour lui, à le traiter de pervers, sans quoi il ne serait pas nécessaire de se cacher ainsi du regard. Oui, sa vision si différente de la nôtre était ainsi… Se sentait-il donc vraiment ‘bien accueilli’ ?
Elle avait raison, également, de rappeler qu'en France l'accueil des étrangers en grand nombre est institutionnalisé et de qualité. Il existe un grande diversité de structures et de formules permettant cet accueil. Notre système social permet les soins à tous, même un revenu, de l’aide… ; bien que parfois complexe, il est d’une générosité presque unique au monde.
Mais plus encore, elle avait raison car comparer les mérites de nos pays n’a aucun sens. L’accueil français n’est pas moins bon ni meilleur et qui sommes-nous, avec notre regard si restreint, pour en juger ? Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous avons été stupéfaits par la qualité de l’accueil reçu en Algérie, c’est tout.
Et à nos amis Algériens nous pouvons parler aussi des trésors dont recèle la France. Chaque région a ses traditions et ses légendes, ses danses et sa musique, ses alcools et ses bons petits plats. Oui, si vous venez chez nous nous espérons vous en faire goûter un soupçon, de cet air d’indépendance et de liberté de penser dont les Français sont si fiers.
22:56 Écrit par cecetthib dans Algérie, Spiritualité | Commentaires (1)
04 mai 2012
Gazouillis 5

Le croirez-vous si mes parents vous disent que je suis bavard ? Il est vrai que je n'ai pas "gazouillé" depuis quelques mois mais rassurez-vous, tout va bien!
L'hiver est bel et bien fini, on a eu bien froid à Alger et on a même senti la neige!
Mamiline est venue la semaine dernière, ça a été l'occasion de la rassurer sur où je vivais et de l'inviter dans ma "famille Algérienne" où je suis pendant la journée. En voici la preuve. Elle m'a apporté un bol d'air francais et une collection de paires de chaussures car je commence à marcher dehors en tenant les mains des parents.
Après plusieurs mois de ramping je suis passé au quatre-pattes puis à debout ce qui élargit bien mon champ d'action et me permet d'attraper plus de choses dans la cuisine... Je suis à la bonne hauteur pour croquer les citrons et les oranges, en commençant bien-sûr par la peau. Bref, j'adore le zeste!
Depuis deux semaines je commence à imiter les animaux, surtout la poule (cot-cot) et le chien (cot-cot aussi) et je réveille mes parents à ce son-là! Bon eux rient plutôt que de pleurer même quand c'est à 6h du matin le WE!
Je suis toujours un vrai passionné de livres et passe mon temps à les ranger (à ma manière). Mon rayon préféré est celui de parasitologie au CCU, quoique les gros dictionnaires de zoologie sont sympas à regarder.
Ah, dernière nouvelle, des "kitakat" (poussins) ont fait leur apparition chez gedda Fatima. J'aime bien. Ca piaille et ça n'a pas peur de moi comme Ritch le chat.
Mes parents pensent que je comprends aussi bien le Français que le Mozabite car chez gedda Fatima on parle Mozabite! Pour le moment le seul mot que je dis en Mozabite c'est Ba3ou, surnom donné à des "petits fantômes". Etrange, non?
Je vous embrasse, à bientôt
Basouille la léchouille
20:16 Écrit par cecetthib dans Le journal de Basile | Commentaires (1)
27 avril 2012
Plongée dans le Mzab - 3ème partie
Le soir venu, repos ? Nous n’étions pas là pour ça ! En effet, désireux de nous en faire découvrir le maximum, nos hôtes avaient invité des tantes et cousines à venir voir Basile. 22h, les premières invitées arrivèrent. Autant dire qu’à Alger ç’aurait été inimaginable, les femmes ne sortent plus après 18-20h. Elles bavardent, rient, j’entends Cécile entraîner son arabe, et leurs enfants de 1,2 ou 3 ans sont là aussi, à jouer au milieu d’elles. Ce ne fut qu’après minuit, ou même une heure que les dernières repartirent et que je vis dans un demi-sommeil Cécile me rejoindre.
Etonnante vie nocturne que nous confirmèrent quelques jours plus tard à Beni Isguen en voyant des femmes seules, en hayek, marcher dans les rues tard dans la nuit. En effet, un gardiennage est parfois mis en place avec des personnes de la ville qui se relaient pour surveiller les rues jusqu’au matin. Paradoxalement, dans cette société où la femme subit une forte contrainte traditionnelle nous découvrons une liberté inexistante à la capitale.
Le premier jour nous eûmes également droit à un délicieux petit déjeuner, suivi d’une excursion dans la palmeraie avec un cousin de H. D’ailleurs en ville c’est facile, nous rencontrons des cousins partout, Guerrara est une petite ville et sa famille est une grande famille. Tous ceux qui nous rencontrions étaient très sympas, et nous fûmes invités un peu plus tard chez un cousin dont H allait être le témoin de mariage 3 jours plus tard. Avec ses frères nous bûmes un verre en mangeant quelques pâtisseries, puis ils entreprirent de m’habiller en marié mozabite !
Là-bas, il n’y a qu’un témoin, dont le rôle est de conseiller, préparer, accompagner le marié avant et pendant le mariage, jusqu’à même l’accompagner à la chambre nuptiale où l’attend son épouse le soir du premier jour de la fête. Lors d’un mariage, les festivités sont totalement non-mixtes. Chaque partie a un programme bien défini, les mariages étant collectifs et les évènements étant toujours les mêmes. Un mariage est par principe gratuit, entièrement, les frais étant assurés par une personne aisée qui se sera proposé.
Les prix de la dote, des meubles, de la chambre nuptiale, …etc sont fixés par le conseil religieux de la ville pour tous et adaptés régulièrement si besoin. Ainsi une personne riche n’aura jamais un mariage plus luxuriant qu’un autre. Le vêtement des mariés est pour tous le même (voir les photos), à l’exception de ceux qui connaissent le Coran par cœur et qui l’ont récité entièrement à un cheikh (un « sage » de la ville, prononcer chir). Ceux-ci portent en plus un vêtement de laine blanc cassé.
L'éducation des enfants dans le Mzab
Dans le Mzab, les enfants n'ont pas le temps de s'ennuyer. Tous les garçons à partir de 6 ans et jusqu'à la fin du collège sont soumis au programme suivant tous les jours :
- de l'aube à 7h du matin : école coranique (apprentissage du Coran, des hadith et de l'arabe classique),
- de 7h à 8h : retour à la maison pour petit déjeuner,
- de 8h à 11h30/12h puis de 13h à 16h : école publique,
- de 17h30 à 19h : école coranique.
Les filles quant à elles suivent soit le même genre de programme, si leurs parents les envoient à l'école publique, soit, dans le cas contraire :
- de 8h à 11h30 : école coranique (Coran, hadith, arabe classique, mais aussi langue française ou autre apprentissages comme le tissage, les compétences paramédicales...),
- l'après midi à la maison.
A partir du lycée, les cours de l'école mozabite (non publique) ont lieu à l'institut islamique (Maahad el hayet à Guerrara). J'en profite pour signaler qu'il existe des ibadites, à part dans le Mzab, en Tanzanie, en Gambie, en Tunisie, et à Oman. H m'a emmener assister à un petit bout d'une conférence à cet institut dont vous pouvez voir les photos ci-contre. Elle traitait, selon ce qu'il m'a traduit, du rejet de la violence prônée par certains penseurs.
11:12 Écrit par cecetthib dans Algérie | Commentaires (0)
18 avril 2012
Vues d'Alger
Guy de Maupassant, 1881 - Au soleil et autres récits de voyage (extrait)
Féerie inespérée qui ravit l'esprit ! Alger a passé mes attentes. Qu'elle est jolie, la ville de neige sous l'éblouissante lumière ! Une immense terrasse longe le port, soutenue par des arcades élégantes. Au-dessus s'élèvent de grands hôtels européens et le quartier français, au-dessus encore s'échelonne la ville arabe, amoncellement de petites maisons blanches, bizarres, enchevêtrées les unes dans les autres, séparées par des rues qui ressemblent à des souterrains clairs. L'étage supérieur est supporté par des suites de bâtons peints en blanc ; les toits se touchent. Il y a des descentes brusques en des trous habités, des escaliers mystérieux vers des demeures qui semblent des terriers pleins de grouillantes familles arabes. Une femme passe, grave et voilée, les chevilles nues, des chevilles peu troublantes, noires de poussières accumulées sur les sueurs.
[...]
Puis il y a tout un monde de mioches à la peau noire, métis de Kabyles, d'Arabes, de nègres et de Blancs, fourmilière de cireurs de bottes, harcelants comme des mouches, cabriolants et hardis, vicieux à trois ans, malins comme des singes, qui vous injurient en arabe et vous poursuivent en français de leur éternel "Cié mosieu". Il vous tutoient et on les tutoie. Tout le monde ici d'ailleurs se dit "tu". Le cocher qu'on arrête dans la rue vous demande : "Où je mènerai toi." Je signale cet usage aux cochers parisiens qui sont dépassés en familiarité.
[...]
Le quartier européen d'Alger, joli de loin, a vu de près, un aspect de ville neuve poussée sous un climat qui ne lui conviendrait point. En débarquant, une large enseigne vous tire l'oeil : Skating-Rink algérien ; et, dès les premiers pas, on est saisi, gêné, par la sensation du progrès mal appliqué à ce pays, de la civilisation brutale, gauche, peu adaptée aux moeurs, au ciel et aux gens. C'est nous qui avons l'air de barbares au milieu de ces barbares, brutes il est vrai, mais qui sont chez eux, et à qui les siècles ont appris des coutumes dont nous semblons n'avoir pas encore compris le sens.
Napoléon III a dit un mot sage (peut-être soufflé par un ministre) : "Ce qu'il faut à l'Algérie, ce ne sont pas des conquérants, mais des initiateurs." Or nous sommes restés des conquérants brutaux, maladroits, infatués de nos idées toutes faites. Nos moeurs imposées, nos maisons parisiennes, nos usages choquent sur ce sol comme des fautes grossières d'art, de sagesse et de compréhension. Tout ce que nous faisons semble un contresens, un défi à ce pays, non pas tant à ses habitants premiers qu'à la terre elle-même.
J'ai vu quelques jours après mon arrivée un bal en plein air à Mustapha. C'était la fête de Neuilly. Des boutiques de pain d'épice, des tirs, des loteries, le jeu des poupées et des couteaux, des somnambules, des femmes-silures, et des calicots dansant avec des demoiselles de magasin les vrais quadrilles de Bullier, tandis que derrière l'enceinte où l'on payait pour entrer, dans la plaine large et sablonneuse du champ de manoeuvre, des centaines d'Arabes, couchés, sous la lune, immobiles en leurs loques blanches, écoutaient gravement les refrains des chahuts sautés par les Français.
10:05 Écrit par cecetthib dans Littérature et Cinéma | Commentaires (0)
08 avril 2012
Joyeuses Pâques !
Voici maintenant la victoire,
Voici la liberté pour tous les peuples,
Le Christ ressuscité triomphe de la mort.
Ô nuit qui nous rend la lumière,
Ô nuit qui vit dans sa Gloire
Le Christ Seigneur.
Amour infini de notre Père,
Suprême témoignage de tendresse,
Pour libérer l'esclave, tu as livré le Fils !
Bienheureuse faute de l'homme,
Qui valut au monde en détresse
Le seul Sauveur !
En cette fête de Pâques nous avons une pensée spéciale pour tous ceux qui de par le monde se sont réunis pour célébrer et pour ceux qui sont nés de la vie nouvelle par le baptême. Comme le dit la bénédiction solennelle :
Par la résurrection de son Fils,
il vous a fait déjà renaître :
qu'il vous rappelle toujours à cette joie
que rien, pas même la mort,
ne pourra vous ravir.
19:53 Écrit par cecetthib dans Spiritualité | Commentaires (1)
06 avril 2012
Brèves de Ben Cheneb
Ben Cheneb. Il s'agit de la bibliothèque où je travaille une après-midi par semaine, donnant un coup de main aux étudiants qui le demandent en français, anglais, physique et chimie, parfois maths. En ce moment, 3 étudiantes de 3e AS, c'est-à dire terminale, en section langue, me demandent régulièrement de l'aide en français et anglais. Le choc est rude ...
En effet, étant en section langue, le français est une de leurs matières principales. Pourtant, impossible d'entendre une phrase compète venant d'elles. J'ai eu beau tout essayer, les convaincre, leur imposer, leur expliquer, je n'ai chaque fois droit qu'à de l'arabe mêlé d'un peu d'anglais. Cependant, quand elles n'essayent pas de faire faire à quelqu'un leurs devoirs à leur place (occupation qui leur prend parfois la moitié de leur temps de travail), je les assiste dans le travail sur des annales du bac.
Surprise ! Jusqu'à maintenant, la plupart des sujets de français que j'ai vus contenaient des fautes de conjugaison, accord, orthographe, syntaxe... D'autre part certaines questions sont étonnantes, comme la suivante :
- "Relever quatre adjectifs montrant l'état de la narratrice dans le texte". (pour info, une femme qui subissait la torture). J'ai beau chercher, je ne trouve aucun adjectif sur ce qu'elle ressent etc. Nous regardons le corrigé : "'nue', et 'allongée', il n'y en a que deux". Cela se passe commentaire.
Mais ce n'est pas tout. Sur tous ces sujets, un bon tiers traitent de la guerre d'Algérie, ou plutôt des abominables Français et des algériens pacifiques qui se font torturer et massacrer. Cela donne d'ailleurs lieu à des exercices qui ne manquent pas d'intérêt (si on peut dire...)
- "Classer les mots suivants selon qu'ils se rapportent aux policiers français ou aux manifestants algériens : barbarie, pacifistes, interdiction de porter des armes, violents, ..." je vous épargne le reste.
J'ai particulièrement aimé la question : "L'auteur est-il impliqué dans le texte ?" Ce texte était d'un journaliste d'El Watan de 2010. Réponse des étudiantes en substance : "Il n'y a pas de 'je' donc l'auteur n'est pas impliqué, donc il est neutre et objectif". Je reste stupéfait ... "Objectif on ne peut pas savoir, par contre neutre, c'est certain que non." Et elles de me répondre : "Mais si, puisqu'il dit la vérité". Comme-ci vérité et neutralité étaient équivalents... Je n'ai aucune intention de me placer en défenseur de la France, mais un tel manque d'esprit critique me laisse entre exaspération et inquiétude. Si notre travail et celui d'autres institutions de bonne volonté peuvent servir à ces jeunes dans la construction de leur pensée propre, rendons grâce à Dieu.
10:26 Écrit par cecetthib dans Algérie, Vie quotidienne | Commentaires (1)
02 avril 2012
Plongée dans le Mzab - 2ème partie
Durant ce court séjour, nous avons eu la chance de vivre accueillis comme dans notre propre famille. Echanges, regards, intimidante sensation que de voir ces ombres « fantômes » toutes semblables, toutes dissimulées. Nous ne voyons que peu de visage dans la rue, à part celui des jeunes filles non encore mariées. En effet, une femme mariée ne peut être vue sans voile que par les hommes que, selon le Coran, elle ne pourra jamais épouser : ses frères, oncles, père et grands-pères, ainsi que son beau-père.
Dans la rue, pas de regard appuyé comme à Alger, une rectitude transparait dans le rythme lent mais puissant du jour. Nos frais regards ne perçoivent qu’une apparence, qu’une senteur de cette société singulière, et pourtant nous voyons déjà naitre en nous un certain amour de sa vie rude et joyeuse, pieuse et droite. Propreté, sérieux dans le travail, c’est une machine bien réglée, ou chaque pièce, si elle accepte de bien jouer son rôle ne manquera de rien.
La maison mozabite
Dans les maisons la lumière est souvent artificielle. Les fenêtres sont peu nombreuses, et celles qui existent sont couvertes de plastiques translucides ou de vitres très opaques, mais les couleurs de l’intérieur sont étonnamment vives. On y trouve des tapis par dizaines (et même le métier à tisser des femmes de la maison). Recoins, terrasses, escaliers, portes et couloirs. Pour aller d’une pièce à une autre il y a toujours au moins deux chemins. Un dédale d’itinéraires permettant à chacun d’aller où il le souhaite sans croiser par mégarde une personne du sexe opposé.
La majorité des maisons mozabites s’étendent sur plusieurs niveaux dont une cave (servant de chambres, salons, et, nous en témoignons, tout à fait confortable) en raison, à l’origine, du décalage de niveau (les maisons étant construites à flanc de colline), de la chaleur de l'été et du froid de l'hiver; ainsi que des étages et une terrasse. Les terrasses ont des murs élevés à plus de 1m50, évitant à des voisins de voir chez soi. Si quelqu’un doit, pour des raisons de travaux ou autre, aller sur le toit ou à un endroit d’où il pourrait voir alentour, il doit au préalable crier trois fois pour annoncer sa venue et laisser les femmes rentrer.
20:17 Écrit par cecetthib dans Algérie | Commentaires (0)
29 mars 2012
Plongée dans le Mzab - 1ère partie
C’est un autre pays que nous venons de découvrir pendant nos vacances. Un pays dans le pays, la vallée du Mzab. Cette région est connue pour sa ville phare : Ghardaïa. En réalité elle est le lieu hostile où se sont installées vers l’an 1000 des tribus berbères appartenant à un courant très minoritaire de l’islam : les ibadites. Ils sont maintenant couramment appelés mozabites. Il existe dans la vallée sept villes mozabites : quatre groupées autour de Ghardaïa (Beni Isguen, Malika, Bounoura, El Atteuf), et deux plus éloignées (Berriane à 70km et Guerrara à 100km). Aux portes du désert, horizon de terre, de pierre et de murs ocre clair irradiants, nous venons d’y passer nos six jours de vacances.
Nous avons eu la chance incroyable de nous voir invités par des amis d’Alger chez eux, à Guerrara. Il s’agit de la famille de la « nounou » ou plutôt ‘jedda’ (grand-mère) de Basile. Ce fut l’expérience la plus extraordinaire que nous ayons vécue en Algérie depuis notre arrivée. Il y a tant de choses à dire que nous ne savons par où commencer. Rassurez-vous, nous découperons en plusieurs messages ce voyage, et donc si nous oublions des informations n’hésitez pas à nous le dire (les commentaires sont là pour ça … entre autres).
Nous partîmes par le bus de nuit le samedi des vacances avec notre couple d’amis, lui H. et elle A., à 18h30 et arrivâmes à 4h30 du matin à Guerrara, après un trajet qui ne fut pas tellement reposant pour Basile comme pour nous. Nous découvrîmes dans la ville sombre les ruelles étroites du ksar et son typique minaret pyramidal sourdant au sommet. Seule sa lumière rouge, signifiant que la dernière prière était passée, se distinguait au-delà des habitations proches. Ici l’éclairage de ville est participatif, chacun plaçant un néon devant chez lui qui reste allumé la nuit. Propreté, calme, déjà Alger semblait loin.
Après un accueil de lait et de dattes par les parents de H puis quelques heures de sommeil, nous fûmes prestement habillés en mozabites. Cécile ne porta tout de même pas le hayek, le voile blanc intégral ne laissant voir qu’un œil des femmes mozabites, mais simplement un voile et une robe longue. Quant à moi, je fus revêtu du sarwel (pantalon large) bleu clair et de la chéchia (couvre-chef traditionnel). Lors d’une ballade en ville, un épicier repris gentiment Cécile qui s’approchait trop de l’entrée du magasin : il y a une petite fenêtre spéciale pour les femmes sur le côté du bâtiment.
La matinée passa rapidement à faire un petit tour dans la ville, et à aller voir les parents de A chez eux. H resta avec moi pour discuter dans un petit salon à côté de l’entrée, puisque je ne pouvais bien sûr pas voir la mère d’A. J’en profite pour dire qu’ici, toute la vie est rythmée par la prière. Nous détaillerons cela dans un autre message, cependant, en bref, l’après-midi est balisée par la prière de midi (vers 13h en ce moment) et celle de 16h30, entre lesquelles tout le monde fait la sieste et les magasins ferment. Pendant que Cécile partait, après le déjeuner, à une fête de mariage, H m’emmena voir la mosquée, au sommet de la ville. J’eu l’honneur d’en découvrir l’intérieur (ci-contre), et d’admirer la cour, les extensions, …etc. L’édifice est sobre, élégant, sans décoration. Rien susceptible de distraire le croyant dans sa prière. Immense.
Je pense que mille personnes pourraient facilement entrer dans ce lieu où pourtant le plafond n’est pas beaucoup plus haut que deux mètres. Nous vîmes l’institut islamique, la fête dans la rue au passage de la caravane du salon du tapis de Ghardaïa, la vie animée d’une fin d’après-midi quand le Soleil calme ses assauts.
Passant à côté du lieu du mariage, H me conduisit au sous-sol où les enfants étaient pris en charge afin de laisser leurs mères profiter de la fête. Là, un clown organisait des jeux tandis que de nombreux pères regardaient ou bavardaient entre eux, tous vêtus de leur sarwel, de leur chéchia, et de la tunique bleue légère qu’ils portent quotidiennement après la prière de midi et pour le reste du jour. A suivre ...
00:49 Écrit par cecetthib dans Algérie | Commentaires (0)
05 mars 2012
Portraits
Ce midi, Cécile et moi étions invités à déjeuner chez Jean et François, deux petits frêres de Jésus qui vivent dans l'ex-rue Mozart, un peu au dessus de Belcourt (maintenant Sidi Mohammed) à Alger. Nous avons souvent l'occasion de nous rencontrer puisque nous les rejoignons tous les dimanche soir chez les petites soeurs (de Jésus également) pour l'Eucharistie.
Les petits frêres de Jésus sont une communauté fondée autour de la spiritualité du Bienheureux Charles de Foucault, originellement plutôt de type trappiste, et maintenant de frêres et de soeurs insérées dans la vie professionnelle et partageant la condition des plus pauvres. Je ne saurais mieux le décrire qu'ils ne le font eux-même :
Nous n'avons pas d'autre but que celui d'imiter la vie de Jésus à Nazareth. C'est notre désir de vivre une vie contemplative non séparés du monde, mais en partageant en tout la condition sociale des gens simples.
Nous vivons en petites communautés que nous appelons "fraternités". Nous désirons mener une vie évangélique, faite de prière et d'amitié partageant la situation de ceux qui ne comptent pas dans la société, ceux qui sont ignorés, voire exclus.
Il s'agit d'une vocation qui, par ses caractéristiques ", nous amène à "crier l'évangile, non par la parole, mais par la vie", comme le disait Charles de Foucauld.
Jean a rejoint les frêres alors qu'il entamait sa théologie au séminaire de Besançon dans les années 1950. Il s'est retrouvé du jour au lendemain envoyé à Alger pour apprendre un métier manuel, sur un chantier, vivant avec la communauté dans un bidons-ville. Dans les années qui ont suivi, il est retourné en France pour un partie de sa formation (avec François), et est revenu vers 1956 à Alger. Vers cette période le général de Gaulle avait lancé des grands travaux pour supprimer ces bidons-villes. Ils ont été relogés trois ans dans des préfabriqués et ont pu emménager dans les HLM fraîchement construits en 1961, soit un an avant l'indépendance. Ils y vivent toujours, dans ce quartier très populaire ou les centaines de paraboles TV crevant le béton des immeubles trahissent la désérance de cette poulation formé par l'exode rural des dernières décénies. Jean a travaillé sur un chantier, puis comme docker sur le port, avant d'être ordonné prêtre pour les besoins de la communauté et de continuer sa vocation comme éducateurs pour les personnes handicapées.
François lui est entré au noviciat en même temps que Jean. Après s'être engagé dans l'armée à 19 ans il avait vite réalisé que sa vocation n'était pas là, et avait rencontré au Maroc des frêres qui lui avaient transmis cet appel. Il travailla durant sa vie professionnelle dans la mécanique, dans le transport de palettes en usine, et dans le transport de marchandises dans le pays. Il a rejoint Jean, qu'il connaissait bien, à Alger dans son HLM en 1980. Ils sont depuis tous deux retraités, ont la nationalité algérienne et vivent en rendant encore de nombreux services dans leur tout petit appartement.
La paix qui règne dans leur demeure ne vient rien bouleverser, ne crée pas de contraste, en dépit de l'aspect inquiétant et assez oppressant de ces barres d'immeubles. On y sent comme un souffle, une source toute discrète qui ne cherche rien qu'a faire germer ce que le Seigneur sème en chacun. Simplement; rien de plus. Quand on les interroge sur l'époque de l'OAS, du FLN des années 60 ou de la terreur des années 90, ils en parlent sans inquiétude ni colère. Ils ont vécu cela comme tous les Algériens et ont partagé les tourments de leurs voisins, qui de toute façon ont chaque fois beaucoup perdu. Lorsque l'OAS abattait au hasard ceux qui se risquaient à descendre à leur travail hors du quartier ou achevaient les blessés à l'hôpital, lorsque le FLN terrorisait en n'hésitant pas à mutiler ceux qui n'obéissaient pas, lorsque les terroristes assassinaient untel ou untel, tuant par la suite ceux qui portaient secours aux blessés.
Des voisins leur apporte tous les jours des plats cuisinés. Ils connaissent tout le monde et tout le monde les connait. Pas d'habit ou de crucifix, mais une présence concrète et vivante du Christ au coeur de la ville. Jésus de Nazareth, artisan charpentier.
20:47 Écrit par cecetthib dans Spiritualité | Commentaires (0)
04 mars 2012
Une vie bien active
Quelle vie nous avons menée ces dernières semaines et depuis Noël ! Une très belle et agréable vie en tout cas.
Tout d'abord nous avons reçu la visite de Marc, prêtre spiritain et chargé de mission de la DCC concernant l'Algérie. Un vrai plaisir de partager notre quotidien avec lui qui justement nous a préparé au départ lors de la session d'été de la DCC. Chaque discussion fut une occasion d'approfondir notre connaissance d'un aspect de l'Algérie, de son histoire, de sa culture. Concernant la littérature et l'Islam notamment, Marc est plus que compétent ! Comment fait-il pour se souvenir aussi bien d'autant de livres, d'auteurs et de personnes, sans compter les dates de parution ou d'évènements ?
Nous avons pris beaucoup de plaisir, en janvier, à participer à l'animation d'un week-end pour couple envisageant le mariage, à Ben Smen (le centre spirituel diocésain confié aux jésuites). A ce week-end ont assisté deux couples, un français et un malgache. Avec d'autres couples, nous tâchons maintenant d'en organiser un autre pour couples déjà mariés (et où nous serions cette fois-ci "clients"). Nous nous prenons aussi à rêver à une telle rencontre avec des couples non chrétiens, bien persuadé qu'en dépit des différences culturelles majeures, la communication, l'écoute et les challenges de la vie de couples sont en grande partie universels.
La semaine dernière, nous avons été très gentiment invités à dîner par un couple d'amis français et les cousins de Cécile dans un restaurant tout proche de chez nous. Dépaysement garanti pour nous deux. Nous nous demandions si, en ressortant, nous n'allions pas nous découvrir à Paris, dans une rue animée sous les étoiles et les réverbères, entre un kiosque et une station de métro. Pendant ce temps, Basile à eu droit à une nounou d'exception : Christophe, notre patron, qui est venu babysitter chez nous jusqu'à onze heure et demi du soir, bien loin de ses habitudes. Ce n'est pas une activité courante chez les jésuites... pour le moment.
Au retour de France, nous avons organisé un repas de fromages, avec tous ceux que nous avions apportés dans nos bagages, pour les équipes des CCU. Nous y fûmes une vingtaine et l'ensemble fut très apprécié à en croire le peu de restes. S'il est bien quelque chose qui se savoure mieux à plusieurs que tout seul dans notre patrimoine, c'est le fromage. Bien sûr un bon vin n'aurait rien gâché à l'affaire, mais cela reste malheureusement un trésor que nous nous partageons que rarement avec des Algériens musulmans, surtout en grands groupes. Nous pouvons nous rattraper de temps à autres avec les Algériens chrétiens que nous connaissons.
Parmis toutes les rencontres et les invitations que nous avons reçues ou faites, en voici trois qui nous ont plus particulièrement marqués :
- Un couple d'amis algériens nous a invité à dîner chez eux (chose déjà peu habituelle). Il nous ont partagé en fin de soirée que c'etait la première fois qu'ils le faisaient (hors famille sûrement)
- Un couple de français sont passés à Alger qui font actuellement un tour du monde des initiatives de paix et de rencontre entre les religions. Des expériences magnifiques d'espérance et de grâces autour de tous ces "saints" anonymes qui donnent de leur vie, parfois au sens propre, avec audace. http://faithbooktour.blog.pelerin.info/
- Une connaissance évoquant la décennie noire (les années du terrorisme en Algérie), les bombes qui avaient explosées à côté de chez lui, soufflant les vitres, les connaissances décédées, ne pouvait retenir ses larmes. C'était il y a 15 ans seulement.
13:31 Écrit par cecetthib dans Vie quotidienne | Commentaires (0)



