02 décembre 2011
Plongée dans un monde parallèle
Hier soir, Cécile et moi, ainsi que la plupart des personnes gravitant dans la sphère de l'Eglise catholique d'Algérie, Français ou non, étions conviés à un dîner mechoui chez le Consul Général de France à la villa Jourdan, à Hydra. Nous étions plutôt curieux de cette sympathique et singulière invitation, d'autant que tout le monde connait bien la situation des religieux demandeurs de visas algériens ces derniers temps.
Premier interlude : pour ceux qui comme Cécile et moi hier ne savent pas la différence entre un ambassadeur et un consul général, la voici. L'ambassadeur est le représentant de la France, qui parle et agit au nom du président de la république alors que le consul est sous l'autorité de l'ambassadeur et a en charge la communauté française dans le pays ainsi que les nationaux demandant un visa pour la France. Autant dire que Monsieur "Visa" s'y connait en tractations à ce propos. Lui même se plaignait hier que personne ne se souvient de son vrai nom, Michel Dejaegher.
Nous nous y sommes donc rendus avec Christophe. La villa, propriété et territoire français, est une superbe villa ottomane, criblée de petites fenêtres en apparence aléatoirement dispersées, parfaitement entretenue (ce qui nous change), et fourmillant de détails décoratifs divers. Finalement nous n'étions qu'une trentaine, accueillis dans une ambiance très familliale bien que haute en raffinement, par le Consul, son épouse et le Ministre conseiller.
Deuxième interlude : il s'agit du numéro deux de l'ambassade, qui assiste et supplée l'ambassadeur dans toutes ses fonctions. Il centralise, coordonne, veille au fonctionnement quotidien et remplace l'ambassadeur en son absence. Ici, étant catholique, il connaissait bien certains des invités.
Apéritif, petit mot du Consul nous donnant sa vision du rôle de l'église en Algérie, comme signe de tolérance, et dans les grandes lignes l'état des tractations concernant les visas de religieux. Buffet fort appétissant, passage au repas. Le dîner s'organisait en tables de 6 personnes. Nous nous sommes installés avec Raphaël et un prêtre au fort accent du sud. Restaient deux places, où nous avons eu le plaisir de voir s'installer le Consul et ... l'Ambassadeur qui venait d'arriver. On a beau vouloir rester naturel et se dire que ce sont des gens comme les autres, il est difficile de ne pas être un brin impressionné. Xavier Driencourt, l'ambassadeur, nous évoquait négligemment qu'il ne devait pas trop manger parce que Bouteflika avait dit à Alain Juppé qu'il avait grossi... Etrange, est-ce que réellement ce genre d'anecdotes est naturel pour lui, ou bien est-ce juste pour se faire mousser. Quoi qu'il en soit, l'ambassadeur comme le consul sont des personnes sympathique et le dîner fut très agréable.
Troisième interlude : Au fil des discussions, nous avons appris que le taux de délivrance de visas pour les Algériens vers la France est beaucoup plus élevé qu'on ne le croit : 78% des demandes sont acceptées, et cela prend bien en compte toutes les demandes, même celles où le dossier n'est pas recevable. D'ailleurs M Guéant passant la semaine prochaine, le consul avait bien les chiffres en tête. De même, il semble que les personnes restant illégalement après avoir reçu un visa sont moins nombreuses qu'on ne l'imagine. Nous avons également eu des explications très éclairantes sur les critères de refus des dossiers : complétude, capacités financières et logement sur place, fraude fiscale (aller en France pour se faire soigner avec la sécu, etc...), et enfin le "risque", critère le plus subjectif et prenant beaucoup de paramètres en compte.
A la fin du dîner, nous avons été rejoins par le ministre conseiller, et l'ambassadeur est rentré dans sa propriété qui est adjacente. La plupart des prêtres et religieuses sont partis se coucher et nous nous sommes retrouvés Christophe, Cécile, Raphaël et moi avec le consul, sa femme et le ministre conseiller. Nous avons même fini par monter sur la terrasse (sur le toit) d'où nous avons pu admirer la plus belle vue d'Alger que nous connaissons et regarder les étoiles. Si cela ne me donne pas envie d'acheter le téléscope qui me fait régulièrement rêver depuis des années !
Petit goût d'autre monde, parallèle au notre, entrecroisé. Mondes entrecroisés par les visas, ces mangeurs de frontières, par les coups de pouce à ceux qui peinent à en obtenir, et par notre pays commun dans lequel nous ne nous serions sans doute jamais rencontrés. Finalement je repars aussi avec la carte de visite de son excellence qui ne connaissait pas le CCU et aimerait que nous l'y invitions dans ces prochains jours. Au boulot !
10:38 Écrit par cecetthib dans Algérie | Commentaires (0)



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